A l’occasion du Printemps des Poètes, écoutez la musique des mots, gambadez le long des strophes, faites escale sur une rime et buvez un vers. Il y a en plein dans rayons et sur notre table poétique, il y en a plein dans Le Bestiaire des mots, Camille se réveille, Sur le rebord de la nuit, ça suffira merci et dans Les pieds dans la nuit.





Sur le rebord de la nuit, Liza Kerivel et Valérie Linder, éditions La Grande Évasion, 2026
« L’obscurité
est venue
se poser
sur le rebord de la nuit. »
Voilà. C’est un de ces moments où l’on ressent puissamment le temps passé, révolu, consumé. Cela pourrait être vertigineux, mais les mots de Liza Kerivel ouvrent grand la fenêtre de l’instant et des beautés à portée de présent. On respire et on découvre une manière d’envisager le chemin à venir. Valérie Linder, souvent croisée chez Esperluète et CotCotCot, accompagne les textes de ses aquarelles délicates et sensibles. La Grande Évasion, qui est une librairie bretonne, installée depuis 2021 dans les rues de La Gacilly, publie ici le deuxième livre de poésie de Liza Kerivel.
Camille se réveille, Marie Meulemann et Matthieu Litt, éditions CotCotCot, 2026
« Camille se réveille
d’abord les yeux fermés.
Iel entend le jour au dehors
qui s’agite. »
Camille a du mal à sortir du lit. Camille a du mal avec le rythme de sa vie. Sa vie va trop vite, la heurte. Les jours sont âpres et le temps manque.
C’est un cahier de poésie, relié par des spirales, habillé du bleu mélancolique des photographies de Matthieu Litt, de bords de mer et de rochers, de la transparence des calques qui se juxtaposent et relient les mots.
C’est aussi une expérimentation, comme le mentionne l’autrice dès l’entrée, où le « iel » a « vocation à ouvrir des espaces de liberté poétiques et politiques ».
Le bestiaire des animaux, Petits poèmes à cinq pattes, Alain Serres, éditions Cheyne, images de Brice Postma Uzel, réédition 2025
« Comme l’air
serait plat
si tu ne croyais
chenille
en tes projets. »
Ce bestiaire est composé de 96 « quintils » (poèmes à cinq pattes) écrit par Alain Serres, dont la passion des mots s’incarne autant dans son travail d’éditeur chez Rue du monde que dans des textes et poèmes confiés à d’autres maisons. Cheyne éditeur est un de ces endroits où il se sent bien. Son bestiaire a connu une première édition, en 1988, déjà dans la collection Poèmes pour grandir, et cette nouvelle publication nous permet de retrouver cette petite faune poétique dans laquelle nous aurons plaisir à picorer.
Les pieds dans la nuit, Marie Pavlenko, éditions Bruno Doucey, 2026
« les enfants vont, ils dansent, se perdent dans le ciel de voiles et de morsures, dans le ciel de la vie »
Romancière, Marie Pavlenko est aussi poète. C’est pour cela que chacun des titres de ses romans sonne comme un poème. La trouver chez les éditions Bruno Doucey, maison entièrement dédiée à la poésie, est donc une évidence. Les pieds dans la nuit est son deuxième recueil.. Il commence à l’intérieur de soi, un soi fragile, incertain, et s’en tenir la main aux être humains traversant des mers agitées, il est intense, impétueux, résistant.
ça suffira merci, Thomas Vinau, éditions Les Venterniers, 2025
« Il fourra sa truffe dans les fourrés
je fourre la mienne dans les nuages
et puis on nage »
Tupac et Thomas font une promenade. La répètent chaque jour. En rapportent des souvenirs, émotions, drôleries. Le premier est chien, le second être humain. Il est aussi poète, de métier, et à ce titre, capable de ressentir à hauteur d’animal et d’en faire des poèmes. Ils sont assemblés dans un recueil cousu de sensible et d’humour. Un bel objet, travaillé avec amour par les éditions Venterniers, qui soignent chaque détail, et plient et encartent leurs livres dans leur propre atelier.


