Tout juste arrivés en librairie, les albums tout-carton Lune-Ville de Valérian Henry et Le coup de la cacahuète d’Édouard Manceau ont en commun l’exceptionnelle maîtrise du jeu graphique. Le premier dans un registre poétique, le second dans celui de l’absurde. On les aime autant l’un que l’autre.

LUNE-VILLE
Valérian Henry
Editions hélium
« À Lune-Ville, tout est fait pour accueillir Lune. D’ailleurs, Lune se lève. » Après avoir passé le pont, Lune prend ses quartiers au-dessus de la ville. Elle se reflète dans l’étang du parc, contemple la danse des chauve-souris autour des lampadaires, goûte la compagnie des étoiles… Puis vient le moment d’aller se reposer et de passer la main à Soleil. « À Soleil-Ville, tout est fait pour accueillir Soleil. D’ailleurs, Soleil de lève. » Tour à tour, les deux astres se succèdent et accompagnent la ville et la vie, tandis que Max s’assure que tout se passe bien pour l’une et pour l’autre.
Nous avions rencontré le talent de Valérian Henry en 2022 avec l’album Oiseau + Oiseau (éditions hélium). Dans Lune-Ville, nous le découvrons auteur doté d’un véritable sens de la narration, du rythme et de la tournure du texte. Il fait en sorte que le passage de relais auquel se livrent Lune et Soleil se déroule dans une atmosphère paisible, et s’attache à raconter un « cours des choses » rassurant… Bleuet, jaune safran, bisque, noir, Valérian Henry combine une palette en 4 teintes à des formes simples qui s’harmonisent joliment avec cette histoire de la nuit et du jour, qu’on relira à l’infini. Et son album nous offre l’occasion de vous faire découvrir son formidable travail de designer, amoureux du bois, des formes et des couleurs (et formé aux Beaux-Arts de Rennes !).

LE COUP DE LA CACAHUÈTE
Édouard Manceau
Éditions Sens Dessus Dessous
« Oh, une cacahuète !
Mais elle est trop grosse.
On ne peut pas la manger,
nous, on est trop petits. »
Si on ajoute à une cacahuète, deux yeux, un nez, deux dents, des bras, des jambes, des oreilles, qu’obtient-on trois pages plus loin ? Un lapin. Qui en croquant une carotte se casse une dent. Que fait-on d’une dent tombée ? On la met sous l’oreiller. Et qui passe pendant la nuit pour échanger la dent contre une pièce ? La petite souris. Qui est content ? C’est le lapin et son ami Eddy, ils vont pouvoir « s’offrir un petit truc à manger ». Oh, la pièce s’envole, volée par un oiseau chapardeur qui, une fois dépouillé et puni, se retrouve réduit à l’état de… cacahuète !
Du Édouard Manceau dans tout son génie ! Car il faut être magicien pour représenter une histoire basée sur la métamorphose d’une cacahuète tout en suivant une vraie cohérence narrative. Il faut bien « peser » son dessin, choisir le bon moment pour ajouter des oreilles ou enlever des ailes, ménager ses effets. Cette histoire est absurde, drôle, facétieuse et elle se mange sans faim !

