Coup de cœur album – La Grande Cradolasse, Princesse du Pays de Boue, de Beatrice Alemagna

  • Publication publiée :16 août 2025
  • Post category:LIVRES

Publié aux éditions l’école des loisirs, le dernier album de Beatrice Alemagna, La Grande Cradolasse, Princesse du Pays de Boue, est une nouvelle fois un trésor d’imagination et de sensibilité.


LA GRANDE CRADOLASSE, PRINCESSE DU PAYS DE BOUE
Beatrice Alemagna
Editions l’école des loisirs

Yuki, petite fille au « mauvais caractère » (de son propre aveu), suit Sen son grand frère venu la chercher à la sortie de l’école. Renfrognée, ruminant sa colère, traînant des pieds, elle finit par s’arrêter au-dessus d’une bouche d’égout et y jette les clés de la maison. Pour les récupérer, elle emprunte une interminable échelle et s’enfonce dans ce qui ressemble aux entrailles de la terre, un bas-fond boueux et répugnant. Ici règne La Grande Cradolasse, Princesse du Pays de Boue, « Cradouille pour les intimes » immense créature dégoulinante à la tignasse d’herbes folles peuplée de poux, qui, néanmoins, ne départit jamais d’un sourire bienveillant. La Grande Cradolasse entraîne Yuki dans une visite étonnante où l’on croise notamment les Culpibouloux, petites bestioles agaçantes, narguant celle qui a jeté ses clés… La plus grande surprise de Yuki est la découverte le chien jaune de Sen dans le capharnaüm du Monde des Rejetés, où les objets victimes collatérales des colères de leurs propriétaires échouent. Le tour s’achève dans la Relax-Room où la petite fille finit par s’endormir. À son réveil, elle trouve Sen. Doucement, ils remontent à la surface et rentrent à la maison l’un à côté de l’autre…

Beatrice Alemagna nous livre un grand album profond et subtil sur le thème de la colère. Elle donne la parole à Yuki et lui confie le soin de raconter elle-même son voyage au Pays de Boue. Pas de jugement, pas de leçon de morale. Yuki rencontre et explore sa colère et celle des autres. Une colère féroce et impitoyable, qui peut aussi avoir bon goût et qui n’empêche pas l’amour. L’autrice semble avoir décidé de démystifier et de faire de cette envahissante présence une figure familière et intime avec laquelle on peut s’arranger ! Les illustrations somptueuses jouent sur la délicate frontière entre le laid et le beau, l’obscur et la lumière. Jamais, dans ce Pays de Boue, on ne perd de vue l’anorak jaune soleil de la petite fillle… C’est beau et réconfortant.

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