Ce message s’adresse aux ados et aux adultes : placez impérativement le premier roman de Mathilde de Lagausie (éditions du Rouergue) au sommet de la pile à lire de l’été. À l’instar de sa couverture, Walter Cobb – Nos chemins d’or et de poussière est un récit haletant en clair-obscur, où le meilleur de l’être humain se confronte au pire et à ses nuances. Il faut lire ce livre, il faut faire la route avec Walt, Sam et Mercy.

« Le géant se tenait là en se balançant d’un pied sur l’autre. Il tordait sa casquette entre ses énormes paluches.
— Suis Walter Cobb, il a dit d’une voix aussi profonde qu’un puits.
Quand il a balayé l’assemblée du regard, j’ai souri. Les coins de ma bouche sont remontés sans me demander mon avis, et j’étais pas le seul. Y a eu des ricanements, aussi. Faut dire, les gens ont pas l’habitude de voir autant de confiance et de bonté sur un visage d’adulte. Du coup, tous ceux qui se trouvaient là – y compris moi –, on a tous pensé que le gars était un peu benêt. »
Sam Carson a 15 ans. Comme beaucoup d’enfants et adolescents de cette Amérique du début du XXè siècle, il est sur la route en quête de journées de travail. Marcher deux jours, travailler un jour, juste de quoi mettre un peu de gras dans la gamelle, dormir à l’abri, puis repartir. Dans les fermes, Sam gagne quelques cents, souvent moitié moins que les autres à cause de sa jambe de travers. Courageux, Sam est cependant engoncé dans une colère que seule la gentillesse d’autrui sait faire « fondre ». Quant à la confiance, il faudra bien des signes avant que le garçon ne consente à l’accorder. Deux rencontres feront céder les digues… Walter Cobb est un colosse au corps puissant, un roc à la force extraordinaire, avec une grande bonté et quelque chose d’un peu étrange. Économe en mots, il a les gestes – poser sa main sur l’épaule de Sam pour l’apaiser, hisser un enfant sur ses épaules… –, et sait protéger, envelopper, et sourire. Sam et Walt unissent leurs vies de misère pour cheminer ensemble. Bientôt rejoint par Mercy, une jeune fille noire qu’ils sauvent d’un sort terrible. La route va être longue et difficile, mais le trio avance, combattif et fraternel face aux événements et aux menaces.
Narrateur de cette histoire, Sam nous la confie avec honnêteté, sans complaisance pour lui-même, pour ses mauvaises pensées, sa jalousie, sa rage. L’autrice Mathilde de Lagausie a doté Sam d’un sens de la formule et d’une langue vive et affutée. Elle semble aussi s’être fixé pour objectif de faire naître une empathie naturelle entre les personnages et le·la lecteur·rice, et elle y parvient dès le premier chapitre. Nous aimons Walt, nous encourageons Sam, nous admirons Mercy. Nous les suivons comme leur ombre..
Un roman à la fois terrible et lumineux, puisant dans la passion de l’autrice pour la littérature américaine, et dans les failles et beautés de l’être humain. On le répète : au sommet de la pile à lire de l’été !

