Le temps des vacances peut libérer de l’espace pour réfléchir ensemble au monde qui va, qui ne pas pas. Quand ils sont venus et Les ours sont là ! sont deux albums à partager avec les enfants, pour engager le dialogue, se poser des questions, éveiller les consciences…

QUAND ILS SONT VENUS
Andrée Poulin, ill. Sophie Casson
Editions de l’Isatis
Au village des bords du lac Paisible, on coule des jours heureux. Grands Chiens, Renards Roux, Fenecs et Coyotes cohabitent ensemble, sans que leurs différences — de modes de vie, de religion, d’orientation sexuelle, de couleur de pelage — n’interfèrent dans leurs relations. Mais les Sans Entrailles, eux, ne l’entendent de cette oreille. Dotés d’une force militaire et d’une capacité de nuire, ils finissent par arrêter les Renards Roux, puis les Coyotes, les Fenecs, enfin les Grands Chiens. Pendant ce temps, le grand-père du narrateur, lui-même Grand Chien, ne dit rien, ne se révolte pas, laisse faire. Pourquoi ? se demande l’enfant…
Ce n’est pas seulement l’indifférence et la lâcheté qui sont dénoncées ici. C’est aussi ce qui les nourrit, le racisme ordinaire (le grand-père trouve que les Renards Roux ont toujours une odeur particulière…).
Cet album puissant et sans concession tire son titre et son ressort narratif des célèbres paroles de Martin Niemöller, pasteur allemand déporté à Dachau après avoir critiqué le régime nazi :
Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Quand ils ont enfermé les socialistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas socialistes.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester.
Une lecture nécessaire qui nous vient d’une maison d’édition canadienne, et qui trouvera son pendant dans celle de Matin Brun, de Frank Pavlov.

LES OURS SONT LÀ
Soo Kyung Cho
Editions Kilowatt
Si des petites voix méfiantes se faisaient entendre ici et là (« ils vont devenir féroces »), on n’y prêtait pas attention. On les trouvait plutôt sympathiques et intelligents, ces ours venus de la montagne. Bien sûr, on dut faire preuve de patience car l’intégration était parfois maladroite, les ours ne savait qu’on ne pouvait pas grimper dans les arbres du parc, ni se baigner dans les fontaines. Mais une fois les choses dites, on vécut ensemble plutôt heureux. Jusqu’au moment où les villageois trouvèrent qu’on leur enlevait le pain de la bouche et ces animaux qui vivaient aussi bien qu’eux, c’était intolérable ! On chassa donc les ours. Mais ceux-ci se rebellèrent. La guerre fut terrible, dévastatrice. Après le chaos, il ne resta rien, ni pour les humains, ni pour les ours. Juste une terre désolée et des vies anéanties…
Comment vivre ensemble ? Qu’est-ce que cela implique ? À quoi cela nous engage-t-il ? Cet album de l’autrice coréenne Soo Kyung Cho pose les questions de la différence, de l’accueil, de la tolérance et montre à quel point l’humanité a tout à perdre lorsqu’elle se refuse à partager.

