Il faut s’arracher, se venger, courir. Les trois romans ados que nous vous présentons aujourd’hui oscillent entre l’ombre et la lumière. Il faut les lire.

S’ARRACHER
Marc Daniau
Editions du Rouergue
« Tu rentres chez toi, seul, des projets plein la tête. À la tombée de la nuit, tu descends du bus, encore ivre de l’air du centre-ville, stimulé par toutes les promesses qui y miroitent, tous les possibles qui y clignotent comme les enseignes électriques dans les flaques, sur les trottoirs humides. Cafés, flippers, sourires des filles, mystère des corps. T’espères y retourner avec tes potes, même peut-être avec Isabelle. Mais ça, tu ne pouvais pas l’imaginer.
T’as bien vu ces voitures garées dans l’impasse devant la maison, d’habitude si tranquille. Des invités ? Un dîner ? Une surprise ?
Tu pousses la porte avec ton plus beau sourire et là tu vois des inconnus fixant leurs chaussures. Et ta mère qui sort de la cuisine, pauvre tas de brindilles au regard effondré.
(…) »
Ce court roman dit « tu« , et il parle aux lecteur·rices droit dans les yeux. « Tu » : un ado dont le père vient de se suicider. Sur sa mob, il fuit à travers la campagne. En parallèle, « je« , une biche tente d’échapper aux chasseurs et à leur meute de chiens. Deux trajectoires brutes, fragiles, vives.
L’écriture incisive et très juste fait de ce dialogue entre deux narrations une rencontre littéraire de celles que l’on n’oublie pas.
SEULS RESTERONT LE VENT ET LA POUSSIÈRE
Taï-Marc Le Thanh
Éditions l’école des loisirs
« Elle tombait.
En dessous, le vide se déployait dans une perspective terrifiante. Pourtant, contre toute attente, un sentiment de liberté la traversa. Pour peu, elle aurait presque eu l’impression de flotter. Elle n’aurait eu qu’à étendre ses ailes et s’envoler vers un avenir meilleur. Portée par les bourrasques, elle aurait dérivé au-dessus des paysages arides, considérant les hommes d’un œil amusé, minuscules insectes englués dans d’insignifiantes considérations.
De là-haut, tout lui aurait paru si vain.
Y compris sa propre quête.
Elle aurait volé, s’affranchissant des contingences terrestres, le plus longtemps possible. Tel un oiseau ou un papillon aux ailes calcinées. Espérant que jamais la réalité ne la rattrape.
Malheureusement…
Le sang appelle le sang.
(…) »
L’auteur de l’incroyable Et le ciel se voila de fureur nous entraine à nouveau dans l’atmosphère puissante et fascinante de l’Ouest américain. Cette fois, nous sommes en 1870 et nous chevauchons aux côtés de Vinh, une jeune femme mue par la mission de venger sa famille. Elle y met de la rage, de la violence, du désespoir. Mais dans ce noir absolu, une brèche dans laquelle se glisse un filet de lumière né de la rencontre entre Vinh et Kristopher Andersonn, un journaliste lancé sur les traces de la justicière. Roman de haute volée.
COURS, AZARI, COURS !
Jane Mitchell, trad. Claire-Lucie Polès
Editions Talents Hauts
« C’est comme si ma vie était coupée en deux parties, aussi dissemblables que la mangue et le citron. La première se déroule dans notre village, chez nous, très loin d’ici. Ces souvenirs sont empreints de chaleur et de lumière : il y a ma sœur Sharnaz, mes frères Kashif et Musa, nos amies Iman et Ruba. L’école et les journées ensoleillées; Il y a aussi d’autres souvenirs, plus sombres : mon père et le conseil du village, le jour où il a fallu arrêter l’école. Celui où on a dû fuir pour sauver nos vies.
(…) »
À travers la course à pied, Azari, jeune réfugiée en Irlande, va trouver le moyen de renouer avec la liberté et la force d’aller de l’avant. À partir de 15 ans.



