Tata a de la barbe sous les bras, Lulu et les Grosses Morues, deux albums publiés respectivement par les soeurs Morizur aux éditions Goater

  • Post published:29 janvier 2021
  • Post category:Albums

L’une écrit. L’autre aussi. Pour Gwénola dont nous suivons la production éditoriale avec le plus grand intérêt, c’était de notoriété publique. Mais avec Tata a de la barbe sous les bras, écrit cette fois par Anne-Gaëlle et illustré par Florence Dollé, les sœurs Morizur nous ont réservé une sacrée surprise !. Paru en octobre, Tata a de la barbe sous les bras a précédé d’un petit mois la publication de Lulu et les grosses morues, signé lui, par Gwénola avec le dessinateur Laurent Houssin. Les deux albums ont trouvé à Rennes la maison idéale pour les accueillir, les éditions Goater, toujours prêtes à diffuser des livres jeunesse qui utilisent le ressort de l’humour comme médiateur de messages engagés et à l’esprit grand ouvert.

Gwenola et Anne-Gaëlle Morizur © BM (merci !)

Tata a de la barbe sous les bras

Anne-Gaëlle Morizur et Florence Dollé – Editions Goater

« Moi quand je serai grand, je veux être comme tata. Tata elle sait tout faire.
Des gâteaux multicolores trop bons.
Conduire les tracteurs à fond les ballons.
Et surtout, elle est fortiche, au foot !
L’autre jour, on a même battu papa !
On était tellement contents que tata m’a soulevé dans ses bras.
Et là, j’ai vu…
Tata avait de la barbe sous les bras. »


La suite est piquante et malicieuse. Anne-Gaëlle Morizur et l’illustratrice Florence Dollé optent pour le rebrousse-poil. Nous nous attendons à l’effroi de Marius découvrant la pilosité de Tata, contrainte d’expliquer que non, ce n’est pas sale, ni interdit, ni impossible… Les deux autrices prennent le contre-pied en nous montrant un Marius admiratif : « Quand je serai grand, j’aurai la plus belle barbe sous les bras du monde » ! Leur habileté se niche dans cette banalisation de la question des poils féminins. En affichant sa joie de vivre et sa confiance communicative, Tata met tout bonnement le sujet au rang du naturel.

On n’avait encore jamais croisé une telle histoire de poils ! Amenée franchement et finement. On sent que le duo Anne-Gaëlle Morizur et Florece Dollé s’est régalé à composer cet album féministe qui nous réjouit autant que ces poils livrés en kit à la fin de l’album…

Tata a du poil sous les bras s’inscrit dans la lignée de Mamie est nudiste (Sonz et DVD), publié par les éditions Goater en 2019. De ces albums qui font la preuve que balayer les préjugés et bousculer le diktat dominant, cela peut être simple et joyeux !

Également en breton : Tintin zo barvek he divgazel, traduit par Dorian Clerbois.


Lulu et les grosses morues

Gwénola Morizur et Laurent Houssin – Editions Goater

« Pour Lulu, la journée avait été catastrophique.
C’était encore Milo et sa bande d’affreux jojos. Ils lui avaient volé ses lunettes, jeté des boulettes de papier baveuses, enfermé dans les toilettes et surtout, surtout, ils l’avaient encore traité de GROSSE MORUE. »

Accompagné de sa mère, Milo est prié de présenter ses excuses à Lulu. Le garçon s’exécute. Pour la forme. Dès que les adultes ont le dos tourné, il reprend ses mauvaises habitudes. Pour Lulu, la limite est franchie. Elle sort de ses gonds, tout son corps se révolte et fait apparaître un océan où nagent des yeux globuleux, énormes et terrifiants. Ce sont ceux des Grosses Morues. Milo n’en mène pas large d’autant que les bestioles font allégeance à Lulu : « Vous êtes formidable, vous êtes notre Reine, demandez-nous tout ce que vous voudrez ! ». Lulu sait exactement ce qu’elle veut. Inverser les rôles. La proie, cette fois, ce sera Milo. Attaché au totem, les Grosses Morues dansent autour de lui. Terrorisé, le garçon s’effondre en larmes. La leçon a assez duré, Lulu le libère et l’emmène avec lui. Ensemble, ils sortent… du placard ! Entre eux, le calme est revenu. Et avec lui, le respect.

Elle est phénoménale, cette grosse colère qui met les points sur les i, retourne la situation, fait émerger une colère enfouie et qui, finalement, redonne confiance en soi. Gwénola Morizur souhaitait parler du harcèlement scolaire depuis longtemps, habitée par des souvenirs de sixième et par cette pause dans le CDI d’un collège où elle intervenait, aux côtés d’élèves qui trouvaient dans ce lieu et dans les livres « un refuge ». Aussi, lorsque le dessinateur Laurent Houssin lui a demandé d’écrire un texte jeunesse, le thème s’est imposé naturellement. Son scénario et l’histoire de Lulu touchent en plein cœur. Fantasques et truculents, les dessins de Laurent Houssin traduisent le trop-plein de souffrance de l’enfant. En tournant les pages, on se dit que oui, la vengeance des Grosses Morues ne pouvait ressembler qu’à cela !

Lulu et les Grosses Morues est un album d’une efficacité redoutable qui emmènera l’enfant avec humour sur le terrain d’un sujet douloureux et sensible.

Également en breton : Lulu hog ar Pesked Flaerius, traduit par Dorian Clerbois.

(Secret de polichinelle : Gwénola et Anne-Gaëlle écrivent actuellement ensemble le scénario de Tara, une bande dessinée qui se passe sur une petite île bretonne et qui sera illustrée par Séverine Lefebvre. Parution prévue au printemps 2021 aux éditions Jungle.)


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