Si vos pas de l’été vous mènent à Lausanne, pensez à entrer dans le musée de la Collection de l’Art Brut, qui se niche dans une maison aux volets bleu persan de l’avenue Bergières. Mais avant, lisez Six petites histoires d’Art Brut. Ou après. Ou pendant.

« L’art ne vient pas coucher dans les lits qu’on a faits pour lui, il se sauve aussitôt qu’on prononce son nom : ce qu’il aime, c’est l’incognito. Ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s’appelle. »
— Jean Dubuffet
En 1945, après un premier voyage en Suisse, l’artiste Jean Dubuffet commence une collection qu’il lui inspirera le terme « Art Brut ». Des œuvres d’autodidactes, de « fous », que l’on cache dans les hôpitaux psychiatriques, les prisons… Des œuvres libres et créatives qui désacralisent le mot « art » et qui le touchent profondément. En 1971, il fait don de sa collection de 133 pièces au musée de Lausanne. La Collection de l’Art Brut est née.
Dans Six petites histoires d’Art Brut, bel album au format paysage publié aux éditions Flammarion, Sophie Chaballier, responsable de la médiation et des publics de cette Collection, nous propose de faire connaissance avec six artistes…
Aloïse Corbaz rêvait de devenir cantatrice et tomba amoureuse de l’empereur Guillaume II. De cet amour impossible, dans le secret de l’asile, elle fit naître des dessins, quantité de petits papiers colorés avec grâce et joie. Cousus ensemble, ils forment une œuvre de 14 mètres de haut ! Auguste Forestier, le petit gars de Lozère, fasciné par les trains, ne sculpta jamais qu’avec un seul outil, un tranchet de cordonnier. Augustin Lesage, qui entendait des voix quand il était dans la mine, se concentra longtemps sur des architectures imaginaires qui révèlent un sens spectaculaire du détail et de la géométrie. Il y aussi Emile Ratier, que la cécité n’empêcha jamais de fabriquer des sculptures animées, Marguerite Sirvins que son obsession pour le fil et sa maîtrise de la broderie poussèrent à fabriquer une robe de mariée des plus étonnantes, et l’écossais Scottie Wilson, aux visions fantastiques et à la technique tribale.
Chaque récit, chaque vie est une rencontre, sensible et poétique, doucement illustrée par Albertine dont le choix du dessin au trait et crayon de couleur est une évidence. Cette découverte nous laisse plein d’humilité et d’admiration. On veut aller plus loin. On veut aller à Lausanne.

