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Coup de coeur album – Une nuit à Insect’Hôtel, de Claire Schvartz, aux éditions Les Fourmis Rouges

Finies les vacances pour la famille Bouzman (issue d’une lignée de scarabées dont il est bon de rappeler la marotte : fabriquer des sortes de falafels d’excréments et se déplacer en les poussant devant eux). Valises, boules de bouses et voyageurs embarquent dans l’auto orange pour un retour à la maison, au mépris des alertes météorologiques. La tempête se lève, les Bouzman, contraints de renoncer à poursuivre leur chemin, se réfugient dans l’Insect’Hôtel. Une seule chambre est encore disponible, exiguë, obligeant les occupants à se serrer les uns contre les autres. Dans ce méli-mélo oppressant, Suzy tente de se concentrer sur son livre. En vain. Elle décide d’aller à la recherche d’un endroit calme. Au fil de sa déambulation, rencontre après rencontre, Suzy est mise en garde contre la « chose flippante » qui hante les lieux et dont on dit qu’elle « adore la mélasse de pucerons ». Les insectes qu’elle croise, trouille au ventre, se hâtent de terminer leur activité avant que la nuit tombe. Mais surmontant sa peur, la téméraire Suzy arpente l’hôtel. Jusqu’à ce que la « chose » surgisse devant elle, irradiante et luminescente. Une luciole ! Pas du tout effrayante ! Le sympathique insecte l’accueille dans sa chambre, faisant bénéficier la petite Bouzman de son halo généreux pour poursuivre sa lecture.

Après Le gravillon de pavillon qui voulait voir la mer (éd; Les Fourmis Rouges, 2017), Claire Schvartz confirme son talent à explorer et à mêler les registres du fantastique, de l’étrange et du comique pour mettre en scène le monde minuscule. Ici, chaque insecte tient son rôle, entre réalisme et romanesque. Les cigales font un karaoké, l’éphémère écrit ses dernières lettres d’amour, le bourdon rumine… Au coeur de ce tohu-bohu, la petite Suzy, doudou et livre sous l’aile, affiche un caractère indépendant, doublé d’un courage et d’une farouche détermination. Personnage sincère et authentique, la petite scarabée poursuit en effet sa quête sans céder à la psychose collective. Portée par des illustrations quasi psychédéliques, aux couleurs pleines et aux contrastes forts, Une nuit à Insect’Hôtel est une histoire remuante et très originale vers laquelle l’enfant à partir de 5 ans reviendra souvent !

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